Debunk Express #3 - Un plastron géant

Article mis en ligne le 14 juillet 2017

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En janvier 2017, le guide de voyage et youtubeur Deï Mian sortait son premier long métrage. Un film documentaire promettant de nous faire découvrir les mystères de la Roumanie, sur les traces d’un peuple disparu de géants…

Nous ne reviendrons ici que sur une séquence du film qui s’intéresse à des bijoux « de taille hors norme », que seuls des êtres particulièrement grands auraient pu porter (en tout cas d’après le réalisateur).

Ainsi, à la 17ème minute du film, le narrateur (enfin narratrice) s’attarde d’abord sur des bracelets traditionnels Daces :

l’archéologie roumaine prétend que ces bracelets étaient utilisés pour des rituels, ou bien réservés à une certaine élite Dace. Mais là, c’est leur taille qui nous interpelle.

si on part du principe que c’était des bracelets de poignet et non pas de bras, on constate qu’ils sont anormalement grands, et qu’ils ne correspondent pas aux poignets d’être humain ordinaire.

Ah ouais ? Et si on part du principe que c’était des bagues pour les doigts, on constate qu’ils sont extraordinairement grands, et je ne connais aucun humain qui pourrait les porter à l’annulaire. Oh mon Dieu ! (avec des « si » ....)

(...) même si ce sont des bracelets pour les bras, alors on peut en déduire que ceux qui les portaient devaient mesurer plus de 2 mètres de hauteur.

Plus de 2 mètres ! Ça existe des humains de cette taille ?

Juste après, à la 18ème minute, le réalisateur s’attarde finalement sur une partie de la vitrine qu’il nous présente comme suit :

Que penser aussi de ce plastron cérémonial qu’aucune épaule ordinaire ne pourrait porter, et dont la largeur atteint presque les 80 centimètres ?

(...) juste en dessous, une bague d’un diamètre de presque 3 centimètres

Cela a l’air de laisser l’équipe du film pantois.

En effectuant rapidement quelques recherches sur internet, nous avons retrouvé la salle dans laquelle sont exposés ces objets portés par des géants, au Musée National d’Histoire de Roumanie, à Bucarest.

Le plastron, la couronne, et le gant, sont exposés sur un panneau dédié. La logique du positionnement semble nous échapper. N’aurait-il pas été plus sensé de mettre d’abord la couronne (étrangement petite), puis le plastron (dans le bon sens), et enfin le gant ?

En regardant attentivement, on remarque qu’il y a un écriteau qui semble assez complet accroché sur le panneau.

Nous avons réussi à retrouver une image de très bonne définition ici. Après avoir zoomé et passé l’image sous Photoshop, il nous a été possible de rendre l’étiquette déchiffrable :

Les légendes y sont indiquées en roumain, en français, et en anglais. Sans doute de quoi en savoir un peu plus sur ce fameux plastron. Voici ce qui est indiqué concernant ce panneau :

4. Nimbes et main appartenant au reliure de l’icône de la Vierge à l’enfant, provenant du monastère Dintr-un lemn, dép. de Vâlcea. Début du XVIIIe siècle

Quoi-comment-pourquoi-hein ? Absolument rien en référence à un plastron géant. Et pour cause ; comme précisé très distinctement ici et en français dans le texte (que Deimian à juste sous les yeux dans cette séquence), on explique donc très clairement l’origine de ces objets, qui contrairement à ce qu’il affirme ne sont absolument pas des accessoires, mais des reliquats de dorures destinées à agrémenter une icône de la Vierge à l’enfant, réalisée au XVIIIe, nous sommes donc bien loin de l’Antiquité.

Voici quelques exemples en pagaille d’icônes de la Vierge à l’enfant ornementées :

Voilà qui explique donc le positionnement des objets dans la vitrine qui n’est pas anodin : le nimbe de la vierge Marie au dessus, la couronne de l’enfant roi décalée à droite, la main de la vierge Marie décalée à gauche.

Voilà également pourquoi le « plastron » n’est pas symétrique (puisqu’il est prévu pour épouser la silhouette de cette bonne vieille Marie), et que le gant est particulièrement plat (pas facile à enfiler).

Non, ceci non plus n’est pas un plastron géant messieurs les chercheurs de vérité :

Nous avons donc une vitrine de musée, parfaitement expliquée, en français dans le texte, et pourtant un Deimian qui nous raconte sciemment une histoire qui n’a absolument aucun rapport. On peut donc douter fortement de l’honnêteté du réalisateur, ainsi que de la véracité des différentes informations disséminées dans son film.

Avant de nous quitter, encore quelques dorures, juste pour le plaisir des yeux. Peut-être retrouvera-t-on quelques unes d’entre elles dans le prochain film “documentaire” de Deï Mian...

Spéciale dédicace au Nettoyeur de Mythes


Sources :

http://eldisblog.com/post346343351/

https://www.facebook.com/groups/388022171371949/permalink/774464382727724/

http://catalogue.drouot.com/images/perso/full/LOT/97/28197/271.jpg

http://www.istoria-artei.ro/resources/files/RRHA2013_Art_02_Sabados.pdf


Forum
Répondre à cet article
Debunk Express #3 - Un plastron géant
L.Despoutres - le 15 juillet 2017

Dans la catégorie « fake misérable », nous avons donc déjà un successeur pour Thierry Jamin et Jacques Grimault, je m’en réjouis !

Debunk Express #3 - Un plastron géant
Irna - le 15 juillet 2017

Il semble que Deïmian est déjà le "digne successeur" de Thierry Jamin, au moins dans le domaine du pseudo-judiciaire :D



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