Un appel de la communauté scientifique bosnienne à Christian Schwarz-Schilling

Article mis en ligne le 14 mars 2007

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Le portail d’information Sarajevo-x.com (bs) publie des extraits d’une lettre ouverte (bs), adressée par un groupe de scientifiques bosniens à Christian Schwarz-Schilling.

Christian Schwarz-Schilling (fr), homme politique allemand, est le Haut Représentant de l’ONU en Bosnie depuis janvier 2006, et également Emissaire de l’Union Européenne dans ce pays. Cette fonction, créée par les accords de Dayton, lui permet de disposer de pouvoirs étendus, renforcés encore par la conférence de Bonn en 1997 : le Haut Représentant peut imposer au pays des textes législatifs (donc sans contrôle par l’Assemblée législative élue), et dispose d’un pouvoir de sanction très étendu, allant jusqu’à la destitution des responsables politiques. Bref, des pouvoirs plutôt caractéristiques d’un état d’urgence que du fonctionnement normal d’un état démocratique (voir par exemple ce rapport du Sénat (fr), en particulier ce paragraphe (fr) et celui-ci (fr)).

M. Schwarz-Schilling est donc un personnage "incontournable" en Bosnie, et M. Osmanagic ne s’y est pas trompé lorsqu’il l’a invité, au mois d’août 2006, à visiter les "pyramides", viste largement commentée et photographiée sur le site de la Fondation (en). M. Schwarz-Schilling a également visité, le même mois, un des emplacements où se trouvent des sphères de pierre, et y a à nouveau rencontré des membres de la Fondation (bs).

Si l’on en croit le site de la Fondation, M. Schwarz-Schilling aurait promis à M. Osmanagic, qu’il qualifie de "visionnaire" inspiré [1], son aide : "J’espère que votre vision se rapprochera chaque jour un peu de la vérité. Je vous souhaite beaucoup de succès dans vos travaux futurs, et n’hésitez pas à me demander mon aide". Il semblerait même que, sortant encore un peu plus de la neutralité qui devrait être la sienne, il ait adopté quelque peu la façon de raisonner pseudo-scientifique en retournant la charge de la preuve : "Je ne crois pas que ceci soit fait par la nature [en parlant des "dalles" de Pljesevica], et les scientifiques sceptiques qui prétendent que c’est naturel devraient venir ici et le prouver".

La lettre adressée par les scientifiques bosniens [2] au Haut Représentant commence par rappeler cette visite, et lui demande de prendre publiquement et fermement position sur le fait que les fouilles pseudo-archéologiques de M. Osmanagic mettent en danger les richesses archéologiques réelles de la région de Visoko. Les auteurs de la lettre estiment que M. Scharz-Schilling, de par sa fonction, est responsable de la protection de ces richesses, et qu’il doit s’assurer en particulier que la Commission Nationale pour la protection des monuments puisse contrôler la manière dont les fouilles se sont déroulées en 2005 et 2006, et pour cela obliger la Fondation à fournir à cette Commission des rapports scientifiques précis, avec relevés, photographies... Ces scientifiques rappellent qu’ils ne font que demander que soient appliqués à la Bosnie et aux fouilles de M. Osmanagic les critères qui président à l’évaluation scientifique des fouilles archéologiques dans le reste de l’Europe et dans tous les pays développés ; ils souhaitent également que le Haut Représentant fasse tout son possible pour que la Bosnie signe rapidement la Convention européenne de La Valette (fr) sur la protection du patrimoine archéologique. Et ils concluent cette lettre en affirmant qu’ils tiennent le Haut Représentant, en l’absence de réaction appropriée, pour responsable, au même titre que les hommes politiques locaux, des conséquences que l’extension de cette "fausse science" aurait sur le patrimoine culturel bosnien et mondial.

Notes :

[1"Si l’on regarde dans le passé, derrière les grands projets il y a toujours des visionnaires qui mènent leur recherche avec passion, et souvent la science officielle doit, après quelque temps, tomber d’accord avec leurs visions. Nous avons ici un visionnaire"

[2Entre autres : Dubravko Lovrenović, Professeur d’Histoire à l’Université de Sarajevo, Sejfudin Vrabac, Professeur de Géologie à l’Université de Tuzla (et responsable de l’équipe de la même Université qui a rédigé le rapport sur la géologie de Visocica), Blagoje Govedarica, Professeur d’Archéologie préhistorique à l’Université de Heidelberg et conseiller scientifique du Centre d’Etudes Balkaniques de Sarajevo, Ljiljana Ševo, Professeur d’Histoire de l’Art des Universités de Banja Luka et Sarajevo.

P.S. :

Le texte complet de cette lettre ouverte est disponible ici en français, et là en anglais.


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