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Un de plus, un de moins...

Article mis en ligne le 13 septembre 2008

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Un de plus

M. Osmanagic n’a décidément pas de chance avec les archéologues. Alors même qu’il n’a pu obtenir des quelques égyptologues et archéologues égyptiens invités à sa "conférence scientifique internationale" (en) plus que de vagues conclusions (en) disant qu’il est nécessaire "d’identifier l’origine des collines pyramidales bosniennes" et repoussant toute "confirmation scientifique" de ses théories à une éventuelle deuxième conférence en 2010, le magazine BHDani publie dans son numéro du 5 septembre 2008 (bs) la traduction d’une interview donnée fin août à "The Egyptian Gazette" par le plus célèbre des archéologues égyptiens, Zahi Hawass, secrétaire général du Conseil des Antiquités Egyptiennes :

Si le titre de l’article est "Une pyramide incomparable" ("A pyramid beyond compare"), la pyramide en question n’est évidemment pas la "pyramide du Soleil" en Bosnie, mais bien la Grande Pyramide de Khéops, et M. Hawass n’est pas vraiment tendre avec la pseudo-archéologie bosnienne. Il commence par rappeler que M. Osmanagic est un amateur sans aucune expérience scientifique des fouilles archéologiques, et exprime son désarroi à l’idée qu’on puisse même lui demander de faire une comparaison entre les "pyramides" de Bosnie et les pyramides d’Egypte. Au-delà de l’opinion des géologues bosniens (une "pyramide" résultat de mouvements tectoniques affectant des couches sédimentaires déposées dans un lac), il pointe du doigt le fait que les pyramides égyptiennes sont le résultat d’une longue évolution technologique dont on retrouve les étapes depuis les mastabas de briques en passant par les pyramides à degrés. Il souligne également l’énorme quantité de restes archéologiques entourant les pyramides égyptiennes (ateliers, logements des travailleurs et des prêtres etc.), toutes les preuves d’une civilisation développée à l’origine des pyramides. Et il conclut logiquement que "pour la pyramide bosnienne il n’y a absolument aucune preuve qu’elle ait été construite par l’homme". M. Hawass n’a donc absolument pas changé de point de vue sur les "pyramides de Bosnie" qu’il qualifiait déjà en 2006 (en) de "pures hallucinations, sans aucun arrière-plan scientifique"...

Un de moins

Moins connu certes que M. Hawass, le jeune archéologue britannique Andrew Lawler n’en était pas moins important pour M. Osmanagic, puisqu’il était, après le départ des rares professionnels (Sead Pilav, Silvana Cobanov, Nancy Gallou) que ce dernier avait réussi à attirer dans son projet en 2006, le seul archéologue encore présent sur le site. Sans jamais prendre publiquement position sur les thèses de M. Osmanagic - ce qui en soi est déjà un indice intéressant de ce qu’il en pense - il semble surtout s’être efforcé de donner un semblant d’organisation rationnelle et d’encadrement scientifique aux "fouilles" pratiquées dans le plus grand désordre par la Fondation. Un des rares textes de lui publiés sur le site de la Fondation (et uniquement dans la partie en bosnien, alors même qu’il est en anglais) est en effet un manuel (en), un "guide de fouilles", visant à établir un "protocole de base" pour les travaux d’excavation. Ce document est extrêmement révélateur : qu’un archéologue soit obligé, près de trois ans après le début des "fouilles", de rappeler à la Fondation et à ses membres les principes de base de toute excavation archéologique (échelles sur les photos, enregistrement et préservation des éventuelles trouvailles...), et de réclamer à ses employeurs crayons, papier, sacs en plastique, étiquettes etc., voilà qui en dit long sur le sérieux de ces fouilles... Un autre texte de M. Lawler (en), consacré à son travail sur Pljesevica, est encore plus explicite sur les manques et les défauts de l’archéologie à la Osmanagic, et dresse la liste de toutes les améliorations à apporter. En lisant un peu entre les lignes, on se rend compte également que M. Lawler a probablement dû se heurter au même problème qu’évoquaient avant lui la géologue Nadija Nukic et l’archéologue Silvana Cobanov, c’est-à-dire le fait que certains membres de la Fondation, sans compétence archéologique, se livrent à des "fouilles" indépendantes sans aucun contrôle ; comment expliquer autrement la phrase par laquelle il précise que "l’archéologue permanent [...] est en droit de refuser d’enregistrer une fouille qui aurait été pratiquée sans tenir compte du protocole archéologique standard" ?...

Je ne sais pas si les efforts d’Andrew Lawler ont été couronnés de succès - on peut en douter ; toujours est-il que "l’archéologue permanent" de la Fondation a quitté celle-ci début septembre juste après la "conférence internationale" de Sarajevo. S’il est toujours à Visoko, d’après cet article (bs), il travaille maintenant comme barman, la Fondation l’ayant "laissé à la rue". L’article ne mentionne pas les raisons de sa "séparation" d’avec la Fondation, mais un entrefilet publié par BHDani (bs) et quelques mails échangés avec M. Lawler permettent d’en savoir un peu plus. Le jeune archéologue mentionne deux raisons principales à sa décision de quitter la Fondation ; la première est une tentative de lui faire signer un "accord de confidentialité" pour le moins curieux, très directement inspiré de ce texte (en). Si ce type de "non-disclosure agreement" est courant dans l’industrie où il vise à protéger des informations techniques, financières ou commerciales, on ne peut que s’étonner de le voir employé par une Fondation "à but non lucratif", qui n’est pas censée être "propriétaire de données" ni disposer "d’informations confidentielles", ce qui serait d’ailleurs contraire à ses statuts (bs) (article 52) ; c’est aussi plutôt inhabituel dans le monde de la recherche archéologique où le travail des archéologues doit obligatoirement, comme le fait remarquer le journaliste Vuk Bacanovic dans l’article de BHDani, être transparent.

Le deuxième sujet évident de mécontentement pour Andrew Lawler est la façon dont ses rapports ont été publiés par la Fondation. Il mentionne des pressions exercées par M. Osmanagic pour obtenir de lui des rapports plus "positifs", contenant moins d’hypothèses et plus d’affirmations. Les rapports fournis par l’archéologue britannique ne convenant pas à M. Osmanagic, celui-ci n’a pas hésité à les tronquer avant publication, pour en ôter les parties peu satisfaisantes. C’était probablement déjà le cas avec le rapport publié en juillet 2008 (en) sur les fouilles réalisées par M. Lawler dans le tunnel de Ravne, qui paraît curieusement incomplet et qui mentionne une carte qui ne figure pas dans la version publiée. C’est encore plus évident avec le rapport publié à la suite de la "conférence internationale" (en) de Sarajevo, portant sur la datation au carbone 14 d’un fragment de bois trouvé dans le tunnel de Ravne. L’introduction du rapport mentionne en effet une discussion sur les implications de l’âge obtenu, et sur les orientations à donner aux recherches dans ce tunnel ; or toute cette discussion est absente du rapport publié qui se termine très... abruptement, juste après le paragraphe très général sur la méthode de datation utilisée. Il semble cependant que certains "amis" de M. Osmanagic aient pu avoir connaissance du rapport complet, puisque M. Nenad Djurdjevic (modérateur du forum bosnian-pyramid.com) résume - à sa manière cependant - sur son blog (en) la fameuse discussion manquante...

M. Lawler parti, on se retrouve donc dans la curieuse situation d’une fondation archéologique... sans aucun archéologue ! Les autorités bosniennes vont-elles enfin en tirer les conclusions qui s’imposent ?


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