Un "skeptomètre" à l’usage des historiens et archéologues

Article mis en ligne le 29 octobre 2013

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Le mot n’existe pas en français (je n’ai trouvé que quelques occurrences de "scepticomètre"), mais il est largement utilisé par les Anglo-Saxons : un "skeptomètre" ou "sceptomètre" est un outil permettant d’évaluer, en première approche, le sérieux et la crédibilité d’une nouvelle hypothèse. Il en existe de multiples, adaptés à diverses disciplines : généralistes, comme le "Baloney Detection Kit" (en) de Carl Sagan ou, plus court, celui de Michael Shermer (en) ; spécial physique, comme le "Crackpot index" (en) de John Baez ; orientés "médecine alternative" comme le questionnaire de Charlatans.info ou le "Quackometer" (en) de Andy Lewis...

L’excellent site rogueclassicism (en) vient d’en proposer un nouveau, plutôt orienté cette fois histoire ancienne, voire archéologie, dont je vous propose une traduction (légèrement adaptée) ci-dessous :

  1. L’hypothèse est émise par quelqu’un qui n’est pas spécialiste (c’est-à-dire qui n’a pas de diplôme) dans la discipline.
  2. L’auteur de l’hypothèse a, généralement volontairement, un look "Indiana Jones", ou est qualifié d’"Indiana Jones".
  3. L’objet de l’hypothèse est un des "grands mystères" du passé, par exemple la tombe de Cléopâtre, celle d’Alexandre, tout ce qui est relatif à l’Atlantide, à l’Arche d’Alliance, à certains passages de la Bible etc.
  4. L’hypothèse est d’abord proposée sur un site de communiqués de presse, puis reprise par les medias généralistes.
  5. L’hypothèse n’a pas été publiée dans un journal scientifique, et n’est pas en cours de publication.
  6. Le mot "décoder" ou "déchiffrer" est utilisé au moins une fois dans le texte.
  7. La phrase "des années de recherche" est mise en avant.
  8. L’auteur de l’hypothèse justifie sa position en faisant référence à la guerre de Troie et Schliemann, ou bien à Galilée ou Giordano Bruno.
  9. L’auteur suggère une sorte de complot ou de volonté de dissimulation des scientifiques.
  10. L’hypothèse est proposée à une date significative (particulièrement, dans le domaine des débuts du christianisme, les dates de Noël et Pâques).
  11. Les auteurs des articles de presse n’ont pas consulté de spécialiste pour avoir une opinion contraire.
  12. Il est fait mention dans les dernières lignes d’un documentaire à venir.

J’ajouterais bien à cette liste un treizième point : la présence des phrases "révolutionner l’histoire" ou "changer le monde"...

Bien évidemment, comme le dit The rogueclassicist, aucun de ces points, isolément, ne peut suffire à écarter une hypothèse : de très nombreux travaux tout à fait sérieux peuvent répondre à une ou deux de ces caractéristiques. Mais la présence de trois ou plus d’entre elles devrait suffire à déclencher toutes les alarmes, et à inciter, non pas à rejeter l’hypothèse en question sans autre forme de procès, mais à l’aborder avec beaucoup de prudence et l’esprit (critique) en éveil !


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Un "skeptomètre" à l’usage des historiens et archéologues
kuota - le 14 mai 2014

Bonjour

Pour ma part, le fait de disposer de diplôme ne garantie en rien la compétence et l’objectivité. Cela serait bien réducteur comme solution pour accéder à la vérité. Dans mon domaine je ne met jamais en avant mes diplômes pour justifier mes travaux. Il en est de même de la notion de publication dans des revues "scientifiques".

Le seul moyen d’analyser une hypothèse est de l’étudier, de voir si on peut l’approfondir, la réfuter et de la soumettre aux citoyens qui in fine sont les libres penseurs de ce qui leur parait juste ou pas. C’est cela la démocratie. On ne peut pas laisser la science aux mains des scientifiques, ce n’est pas aux scientifiques de dire ce qu’il faut penser. Les scientifiques, doivent se contenter d’utiliser leur outils pour répondre, approfondir ou réfuté une hypothèse. La science se base sur la matérialisme, les mesures, les mathématiques.... elle fournit des éléments pour établir une réflexion qui est ouverte à tous. La science n’a pas pour mission de dire : ça c’est vrai, et ça c’est pas vrai !

Prétendre qu’il faut des diplômes, rédiger dans des revues pour être crédible c’est une vision élitiste anti démocratique du monde avec une catégorie de gens voulant imposer leur vision.

Un "skeptomètre" à l’usage des historiens et archéologues
Irna - le 16 mai 2014

Il est évident que la possession d’un diplôme n’est pas en soi une garantie d’avoir affaire à quelqu’un de sérieux, et ce n’est d’ailleurs pas ce que dit l’article que j’ai traduit. L’auteur précise bien que chaque élément en soi n’est pas suffisant, mais que c’est la combinaison de plusieurs de ces éléments qui doit alerter sur la probabilité d’avoir affaire à de la pseudo-archéologie. Prenons le cas des "pyramides" de Bosnie :
- L’hypothèse est émise par quelqu’un qui n’est pas spécialiste (c’est-à-dire qui n’a pas de diplôme) dans la discipline.
- L’auteur de l’hypothèse a, généralement volontairement, un look "Indiana Jones", ou est qualifié d’"Indiana Jones".
- L’hypothèse est d’abord proposée sur un site de communiqués de presse, puis reprise par les medias généralistes.
- L’hypothèse n’a pas été publiée dans un journal scientifique, et n’est pas en cours de publication.
- La phrase "des années de recherche" est mise en avant.
- L’auteur de l’hypothèse justifie sa position en faisant référence à la guerre de Troie et Schliemann, ou bien à Galilée ou Giordano Bruno.
- L’auteur suggère une sorte de complot ou de volonté de dissimulation des scientifiques.

Tous ces points s’appliquent parfaitement au cas des "pyramides" et de M. Osmanagic. Comme le dit l’auteur, il ne s’agit pas d’écarter a priori l’hypothèse en question, mais de l’aborder avec un esprit très critique, tellement les chances sont fortes d’avoir affaire à de la pseudo-archéologie.

Pour ce qui est du reste de votre message, vous me permettrez de penser que la question des rapports entre science et citoyenneté est un peu plus complexe que cela. Il me semble en tout cas que votre message mélange des notions bien différentes, et confond un peu science avec éthique et politique. Il y a la question de la science et de la validité des hypothèses scientifiques, et là, désolée mais la validation par les pairs me semble incontournable, ce n’est pas de "l’élitisme", la notion de démocratie n’a aucun sens de ce point de vue, c’est une notion politique qui n’a rien à faire avec la notion de validité scientifique. Et puis il y a une toute autre question, celle des utilisations de la science et donc des décisions éthiques et politiques (= ce qui est "juste", ou = ce qui est voulu par la majorité des citoyens), et là je vous rejoins : on ne peut laisser les décisions aux mains des seuls scientifiques qui sont, dans ce domaine, des citoyens comme les autres.

Un "skeptomètre" à l’usage des historiens et archéologues
Comte Poulpitron - le 15 juillet 2014

J’étais passé à côté de cet article... je me suis amusé à appliquer le skeptomètre à quelque uns de nos amis aventuriers ou informateurs anonymes et il est amusant de voir combien ils correspondent magistralement avec les 13 points annoncés (je rêve ou Dominiquer en réuni 12 des 13 ?)

Mais c’est plutôt à la lecture du commentaire que j’ai ressenti le besoin de lancer l’idée du Skeptomètre au sujet des "défenseurs" de ces avnturiers et autres pseudo historiens.

Il est difficile de faire une liste exhaustive tant il y a à dire mais dans les premiers points devra absolument apparaître "ne régis que sur un seul et unique élément afin d’invalider tous les propos mis en exergues" ... ne réagir que sur l’acquisition d’un diplôme alors qu’est répété plusieurs fois que c’est l’accumulation de points qui importe, c’est clairement chercher à détourner l’attention sur un détail déjà résolu.

Merci pour ce (vieil) article qui m’avait échappé :)

Un "skeptomètre" à l’usage des historiens et archéologues
Irna - le 22 juillet 2014

Dans le cas de Dominique Jongbloed, je crois bien effectivement qu’on atteint le score fabuleux de 12/13 ! Seul le point 10 lui échappe, ce qui est normal puisque ses "recherches" se situent en dehors du cadre de la question, c’est-à-dire les débuts du christianisme. Ce point devrait d’ailleurs être optionnel, puisqu’il est non pertinent dans le cas qui nous occupe. Ce qui permet à l’Aventurier de pulvériser tous les records, avec un score maximal de 12/12 !



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